Archivage

Archivage des pièces : combien de temps, sous quelle forme

Une production accumule des milliers de justificatifs, et devra les représenter longtemps après la livraison : au commissaire aux comptes, au CNC, à l'administration fiscale, à un fonds régional. Voici les durées qui s'appliquent, la forme sous laquelle une pièce numérique tient lieu d'original, et la manière de constituer cette archive pendant toute la vie du film.

Par Marguerite Blank·26 août 2026·6 min de lecture

L'archivage se décide au moment où la pièce entre, pas au moment où on la réclame. Une facture classée dès son arrivée, avec son projet, son exercice et son écriture, se retrouve en quelques secondes six ans plus tard. La même facture rangée dans un carton après la clôture demande une demi-journée de recherche.

Trois questions suffisent à cadrer le sujet : combien de temps conserver, sous quelle forme, et à quelles conditions une version numérique tient lieu d'original. Les textes sont courts et lisibles : ils sont mis en lien au fil de l'article.

Combien de temps conserver

Plusieurs durées coexistent, et c'est la plus longue qui commande le classement. Retenir dix ans pour l'ensemble du dossier comptable d'un projet reste la règle la plus sûre.

10 ansDocuments comptables et pièces justificativesFactures d'achat et de vente, journaux, grand livre, pièces justificatives : dix ans, en application du code de commerce.Article L123-22 du code de commerce →
6 ansDroit de contrôle de l'administrationSix ans à compter de la dernière opération portée sur le registre ou de la date d'établissement de la pièce. Reçue sur support informatique, elle se conserve sous cette forme.Article L102 B du LPF →
5 ansPaie et documents sociauxBulletins de paie, contrats, registre unique du personnel : cinq ans côté employeur, avec des durées plus longues pour les pièces liées aux droits à retraite.Article L3243-4 du code du travail →

S'y ajoutent les durées propres aux financeurs : le CNC, les fonds régionaux et les diffuseurs demandent que les pièces du rendu de comptes restent consultables pendant toute la période où l'aide peut être vérifiée, et une coproduction internationale porte ses propres exigences. Là encore, un dossier tenu à dix ans les couvre.

Le RGPD pose la borne inverse : les données personnelles se conservent le temps de la finalité qui les justifie. Les justificatifs comptables ont une finalité légale claire ; les candidatures, les coordonnées collectées pour un projet ou les pièces d'identité relèvent de durées plus courtes, à inscrire dans votre registre des traitements. Voir où sont conservées vos données.

Quand un scan tient lieu d'original

Depuis 2017, une facture papier peut être conservée sous forme numérique et l'original détruit, à condition que la numérisation garantisse la fidélité et l'intégrité de la copie. Les conditions sont fixées par l'arrêté du 22 mars 2017, qui a créé l'article A102 B-2 du livre des procédures fiscales. Quatre exigences, à lire comme un cahier des charges.

Une copie conformeIdentique à l'original en image et en contenu, couleurs comprises lorsqu'un code couleur existe, sans traitement sur l'image et sans compression avec perte.
Un fichier scellé et datéConservation en PDF, horodatage, et dispositif de sécurité fondé sur un certificat — empreinte numérique, signature ou cachet serveur — qui atteste l'intégrité du fichier.
Une organisation documentéeL'archivage suit une procédure écrite, soumise à des contrôles internes, qui assure disponibilité, lisibilité et intégrité pendant toute la durée de conservation.
Une pièce retrouvableLe contrôle porte aussi sur la restitution : la pièce s'ouvre depuis l'écriture, et l'écriture se retrouve depuis la pièce, en séance.

C'est ce que recouvre l'expression numérisation à valeur probante, et c'est ce qui permet à une production de refermer ses classeurs à la fin du tournage.

Le cas des factures électroniques

Une facture reçue au format électronique se conserve sous cette forme : le fichier structuré tel qu'il a été émis, accompagné de sa représentation lisible. Le PDF que l'on imprime pour le classeur est une vue de la facture ; la pièce, c'est le fichier. Le lieu de stockage compte également — les factures se stockent en France, ou dans un pays lié à la France par une convention d'assistance mutuelle offrant un accès en ligne immédiat (article L102 C du LPF).

Avec la réforme, chaque facture arrive via une plateforme agréée avec ses métadonnées, son identifiant et ses statuts de cycle de vie. Conserver l'ensemble, c'est conserver la preuve — et la piste d'audit fiable qui relie la commande, la livraison, la facture et le paiement se constitue au passage. Le sujet a son propre article : ce que la facture électronique change pour les productions.

Ce que ça donne dans maG

Dans maG, l'archive se constitue par le simple fait de travailler : chaque justificatif est déposé sur la dépense à laquelle il se rattache, et il y reste — après la validation, après l'écriture comptable, après la clôture de l'exercice, après la livraison du film. Voici la correspondance, exigence par exigence.

Ce que la règle demandeConserver la pièce dix ans, retrouvableL123-22 du code de commerce, L102 B du LPF.
Dans maGLa pièce est rattachée à la dépenseElle est rattachée dès son arrivée à son projet, son exercice, son tiers et sa ligne budgétaire. Les exercices clos restent consultables : on rouvre un projet livré comme un projet en cours.
Ce que la règle demandeUne copie fidèle du papierA102 B-2 du LPF : reproduction à l'identique, PDF, horodatage, empreinte.
Dans maGLa numérisation à valeur probanteLe justificatif photographié depuis le téléphone ou déposé en PDF est conservé tel quel, daté et scellé, ce qui permet de se séparer de l'original papier.
Ce que la règle demandeUne piste d'audit fiableRelier la commande, la livraison, la facture, le paiement et l'écriture.
Dans maGLe circuit laisse sa traceImputation, approbation, validation, vérification comptable : chaque étape porte sa date et son auteur, et le fil de messages reste attaché à la dépense.
Ce que la règle demandeReprésenter la pièce en séanceContrôle fiscal, commissaire aux comptes, rendu de comptes CNC, fonds régional.
Dans maGLa pièce s'ouvre depuis l'écritureLe lien se parcourt dans les deux sens : de l'écriture au justificatif, du justificatif à l'écriture. Les filtres par projet, exercice, tiers ou axe analytique donnent la sélection demandée pendant l'entretien.
Ce que la règle demandeUn stockage en FranceL102 C du LPF, et RGPD pour les données personnelles.
Dans maGHébergement en France, données exportablesLes données sont hébergées chez AWS France et restent sur le territoire national. Écritures, dépenses, justificatifs et budgets s'exportent : l'archive constituée dans maG s'emporte.

Quatre décisions à prendre au démarrage

L'archivage se paramètre en même temps que le reste : une fois ces quatre points arrêtés, chaque pièce se range d'elle-même.

La durée de référence. Dix ans pour le dossier comptable, des durées plus courtes pour les données personnelles hors comptabilité, écrites dans le registre des traitements.

Le sort du papier. Décider dès le premier jour que la version numérique fait foi, et le dire aux équipes : le geste attendu devient la photo, au moment de la dépense.

La procédure écrite. Une page suffit : qui numérise, avec quel outil, qui contrôle, à quelle fréquence. C'est l'organisation documentée qu'attend l'arrêté de 2017.

Le point de sortie. Savoir comment le dossier sort de l'outil — par projet, par exercice, avec ses pièces — le jour où l'expert-comptable, le commissaire aux comptes ou le CNC le demande.

Voir une pièce se ranger toute seule

Quarante-cinq minutes pour suivre un de vos justificatifs, de la photo prise sur le plateau jusqu'à l'écriture retrouvée dix ans plus tard.

Prendre rendez-vous

Voir aussi : sécurité et conformité, ce que le commissaire aux comptes doit pouvoir retrouver, maG pour la comptabilité et l'administration de production et le glossaire du métier.